Discours de Bruno Lageline
Fondateur de Panette Collection
Bonsoir à tous
C’est un grand moment pour nous aujourd’hui.
Vous êtes sur un chantier, ça se voit. Vous êtes témoins d’un projet qui débute. Nous allons fêter un commencement.
Permettez-moi maintenant de dire un mot sur la date.
Nous sommes le 15 juin. Il y a très exactement 610 ANS, JOUR POUR JOUR, mourait à Bourges Jean, duc de Berry — celui qui, ici même, fit travailler les frères Limbourg. C'est cette continuité-là, par-delà les siècles, qui a scellé pour moi le choix de cette date.
Cette maison, je ne la fais pas seul. Je la fais avec ceux qui sont ici ce soir, et avec ceux qui ne sont plus là mais qui m'accompagnent dans ce que j'entreprends.
Je voudrais à présent vous raconter comment cette maison est venue jusqu'à nous.
L’été dernier, j’apprends que cette maison est à vendre et je propose à Boris Védel, le directeur du Printemps de Bourges de la visiter, car il cherchait des bureaux plus grands. Boris n’a pas trouvé ses bureaux, et moi j’ai trouvé ce que je ne cherchais pas, un nouveau lieu de transmission. Je suis revenu de cette visite, bouleversé.
Dans l’invitation à cette soirée, j’ai écrit : « À CET ENDROIT VÉCURENT PAUL DE LIMBOURG ET SES FRÈRES. »
C’est ce que m'avaient dit les propriétaires précédents, la famille Blatter.
Mais il fallait en être sûr. J’ai donc interrogé l’historien Philippe Goldman. Merci beaucoup Philippe, vous avez recherché pendant plusieurs jours, et vous avez retracé l’histoire du lieu.
Ce qu’on savait déjà, c’est que vers 1410, le duc de Berry fait venir trois frères flamands — Paul, Hermann et Jean Limbourg — pour enluminer ce qui deviendra le manuscrit le plus célèbre de notre civilisation, Les Très Riches Heures. Ils ont moins de trente ans. Ils peignent ici, à Bourges, dans le périmètre du palais ducal et de sa Sainte-Chapelle. Ils ne sont pas seuls : ils ont un quatrième frère, Roger, qui n'a pas peint, qui est devenu chanoine de la Sainte-Chapelle. Il a vécu à quelques mètres de là où nous sommes ce soir, certainement dans les bâtiments à l’origine de l’hôtel de Panette.
Et, donc voici ce qu’a trouvé Philippe.
C’est bien ici que vivait Paul de Limbourg, le plus talentueux des enlumineurs, qui s’est vu offrir une maison par le duc de Berry.
Il ne reste sûrement que la cave de cette époque. Vous pourrez la visiter en faisant très attention aux marches.
Voici un résumé sur les recherches de Philippe. Juste en face du chevet de l'église paroissiale Notre-Dame-du-Fourchaud, qui est attestée dès 1216, de l'autre côté de la rue Porte-Jaune, une maison appartenant à son ancien sénéchal Thibault Portier fut acquise en 1401 par le duc Jean de Berry. En 1412, le duc offrit ce « superbe hôtel particulier estimé 3500 livres à son enlumineur Pol de Limbourg, l'un des trois frères qui œuvraient alors pour lui, notamment aux Très Riches Heures du Duc de Berry, à l'occasion de son mariage. Mariage avec Gilette la Mercière (car fille de Gilles Mercier) à l’âge de 12 ans.
Après la mort de Paul de Limbourg, en 1416 (la même année que ses 2 frères enlumineurs et que le duc de Berry), Gilette La Mercière se remarie avec André le Roy, qui arrive à garder la maison.
Charles VII estima que le bâtiment, qui avait été donné par son oncle Jean de Berry, devait lui revenir. Dans un acte de 1434, il décrivait la maison comme « l'une des plus grandes et plus spacieuses et plus notables de notre ville de Bourges, et qui peut bien valoir de deux à trois mille écus d'or. Les biens de Pol de Limbourg, étranger, mort sans enfants, « considérés comme vacants, revenaient donc à la couronne. Charles VII donna la demeure à son cousin le duc de Bourbon, mais André le Roy parvint à la récupérer.
L’incendie de 1467 brûle la maison, mais elle est reconstruite et 7 ans plus tard le fils d’André Le Roy l’offre à Martin Dubreuil, qui fonde avec son frère Jean la chapelle Dubreuil, dans la cathédrale, redécouverte en 1993.
On retrouve ensuite une vente en 1668 à « Claude de Biet, chevalier, seigneur et baron de Maubranches et Moulins, conseiller du roi », puis il reste dans cette famille Biet, lieutenant général au bailliage de Berry.
La maison passe ensuite dans les mains de la famille Pascaud, magistrat, qui transforme cette façade, tandis que la façade côté grosse armée date de la famille Biet, à la Renaissance.
Moi qui ai fait de la transmission mon combat, vous imaginez la force que représente cette histoire et ces murs pour moi.
Mais, une maison comme celle-ci ne se porte pas seul. Participent à ce projet mon ami et associé Stéphane Prault, directeur d’Immorevente, ainsi que notre famille, mon fils Pierre-Emile qui accompagne tous nos projets, et bien sûr notre directeur et ami Guillaume Lecluse, qui dirige aujourd’hui ce que nous appelons Panette Collection, et à qui je vais passer la parole.